La rando qui a tout fait basculer
- 4 mai
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Sixième journée :
Miracle, nous nous réveillons à 6h15, naturellement. Pour la première fois du voyage, on frôle l'heure d'un réveil normal. On dirait que nos horloges internes ont enfin capitulé face au décalage horaire.
Je suis prête la première, je file donc en éclaireuse au petit-déjeuner de l'hôtel. C'est du "continental" version très, très rudimentaire. Une toute petite pièce qui fait office d'accueil également. Il y a du jus, du lait, des céréales en portions individuelles et des muffins. L'espace est si petit qu'il n'y a qu'une seule table.
Celle-ci est déjà squatée par un groupe de road trippers à la retraite. Ils ont l'air d'être une bande de potes partis à l'aventure et je me projette immédiatement :
c'est ça que je veux faire jusqu'à pas d'âge !
Je me replie donc sur la table de pique-nique à l'extérieur. Et là ... le bonheur.
Parfois il ne faut pas grand chose : la température est douce, je suis face à la route américaine, le chant des oiseaux en fond sonore et le panneau "OPEN" du motel qui clignote juste devant moi. Mon muffin industriel et mon jus d'orange ont un goût de palace tout d'un coup.
Anthony et Nevea me rejoignent un peu plus tard et on savoure ce moment tous les trois.


Guadalupe Mountains National Park
8h pétantes, nous quittons l'hôtel en direction de Guadalupe Mountains National Park. Nous repassons la frontière du Texas mais petite subtilité locale : nous ne changeons pas encore d'heure.
Dès l'arrivée nous filons au Visitor Center.
C'est notre rituel. On discute avec la Ranger pour tâter le terrain et on jette notre dévolu sur la randonnée Devil's Hall Trail. Un aller-retour de 7km.





Nous avons bouclé la randonnée en 2h25. Elle était absolument magnifique, mais je préfère te prévenir : elle se mérite !
Le départ est plutôt tranquille avec environ 1,5km de plat pour s'échauffer un peu. Mais après ça se gâte. Le sentier disparaît pour laisser place à des rochers et des gros cailloux. Là, on oublie la marche classique : on escalade, on grimpe, on redescend et parfois on saute carrément d'un bloc à l'autre.
Pour les enfants, c'est le terrain de jeu idéal. C'est tellement ludique qu'on ne voit absolument pas le temps passer. On est trop occupés à réfléchir à où poser le pied ou la main pour s'ennuyer.








De mon côté, j'ai adoré cette randonnée. Ce côté brut et un peu tecnhique, se sentir tout petit au milieu de ces masses de pierres au coeur même du Texas sauvage.












Le coup de chaud du diable
Ce que je n'avais pas réalisé sur le moment, c'est qu'Anthony était en train de livrer un tout autre combat. Pendant qu'on était tous un peu dans notre bulle sur cette randonnée, lui, commençait à se sentir mal.
En descendant les rochers, il a eu la tête qui tournait. Des vertiges, les jambes en coton ... Le malaise qui arrivait.
À peine la rando bouclée, il s'est posé sur le banc avant même d'atteindre la voiture. Impossible de décoller. Il a été pris d'une soudaine nausée et il était dans le mal complet.
On a essayé de comprendre. Le petit déjeuner était sûrement trop light si on ajoute à ça le repas qu'on avait sauté la veille au soir. Il n'avait certainement pas assez d'énergie. La chaleur de la fin de matinée a fait le reste. Pourtant il avait sa casquette, de la crème solaire et de l'eau mais on s'est rendu compte que nous n'avions bu que 500ml d'eau chacun pour 7km d'effort intense. En plein sud du Texas, c'est sûrement trop peu, on s'est fait avoir par le côté ludique de la marche et on a oublié de s'hydrater correctement.
Moment de stress pour tout le monde, il réussi ensuite à reprendre ses esprits et on file au Visitor Center pour un ravitaillement d'urgence : une boisson pleine d'électrolytes et un gel énergétique.
On a dû s'imposer une pause forcée dans la voiture histoire que la machine reparte. On a quitté la parc à 13h, une fois qu'on était sûrs que notre cow-boy tenait à nouveau sur ses jambes.


Van Horn
On quitte les montagnes pour s'arrêter à Van Horn afin de déjeuner. On se gare sur le parking du Broadway Cafe, mais Anthony est au bout du rouleau. Il baisse son siège, incapable d'avaler quoique ce soit, et nous propose d'aller manger sans lui.
Nous partons donc en tête à tête avec Nevea au restaurant. La serveuse m'accueille en espagnol. Je réalise que j'ai une soif de loup. D'habitude une seule boisson me suffit, là j'en commande plusieurs. C'est là que j'ai compris que nous étions déshydratés même sans s'en rendre compte.
Pendant ce temps, Anthony sort d'urgence de la voiture pour vomir "en jet" dans la nature à l'arrière. Un truc hyper violent alors qu'il n'avait presque rien dans le ventre. C'est là que nous avons eu la confirmation du vrai coup de chaud.
Il finit par nous rejoindre à table, blanc comme un linge. Il arrive à grignoter un peu et semble reprendre des forces, suffisamment pour qu'on fasse même un petit tour au Family Dollar d'à côté avant de repartir.
Mais l'inquiétude reste là : son Apple Watch n'arrête pas de montrer que son coeur bat super fort et ne redescend pas, même au repos. Le corps est en plein stress, il compense le choc de la matinée.

Prada Marfa
Lieu aussi étrange que photogénique : une boutique de luxe en plein milieu du désert.
En réalité il s’agit d’une oeuvre d’art contemporaine permanente, installée en 2005 par les artistes Elmgreen & Dragset. Elle ressemble à une vraie boutique Prada avec vitrine, sacs à mains et chaussures de la collection automne/hiver 2005, fournis par la marque elle-même... mais la porte est condamnée.
C’est une sculpture, pas un magasin.
L’oeuvre se veut volontairement absurde : contraste entre luxe et désert poussiéreux et abandonné.
Anecdote : le jour de son installation, elle a été vandalisée. Les voleurs ont pris les sacs et tagué la façade. Elle a donc été restaurée et les sacs ont été modifiés : ils sont maintenant sans fond et remplis de béton pour éviter les vols.

Anthony ne se sent pas bien à nouveau, son coeur s'emballe. Il boit régulièrement.
C'est donc moi qui prend le volant jusqu'à Alpine, ville où nous dormirons ces deux prochaines nuits. Et comme si le stress d'Anthony ne suffisait pas, la météo s'en mêle. Le ciel gronde, l'averse tombe, les pneus crissent, les essuie-glaces s'affolent.
Alpine
Nous finissons par atteindre Alpine sous les trombes d'eau. On s'arrête au Love's Market pour faire quelques provisions pour nos deux jours ici. On espère un peu de calme mais à peine dans les rayons, Anthony ressort en courant pour vomir à l'arrière du magasin.
Pendant qu'il lutte dehors, je fais les courses. J'essaie de trouver quelque chose de réconfortant qui lui rappelle la maison.
On finit par atteindre notre Airbnb : une ferme magnifique. L'endroit que j'avais le plus hâte de voir. Le décor est sublime, calme et apaisant. Exactement ce dont Anthony a besoin dans l'immédiat. Nous avons payé les deux nuits 234€.





Il file sous la douche et s'écroule dans le lit. Il se sent brûlant. Je sors mon thermomètre (celui qui fonctionne 365 jours par an à la maison, team assmat bonjour !) et là, rien. Il lâche pile au moment où on en a besoin. Tant pis, ce sera "gant frais sur le front et repos forcé".
Pendant qu'il dort, Nevea et moi sortons profiter de l'extérieur. L'ambiance est magique sous ce ciel bien sombre, entre les animaux de la ferme et l'immensité du Texas face à nous. On ne pouvait pas mieux tomber pour se poser.
En regardant l'horizon, je réalise la chance qu'on a d'être ici, tous les trois, dans ce cadre incroyable. Et bizarement, au milieu de tout ça, ma déception pour les places de Céline Dion me parait totalement ridicule.
Le repos faisant des miracles, Anthony fini par émerger et nous rejoint. Il se sent un peu mieux.

C'est le moment parfait pour tester enfin un grand classique : Les S'mores !
J'ai tout prévu : les biscuits, les chamallows et le chocolat, le tout dans un kit tout prêt trouvé chez Walmart.
Seul bémol : avec toute la pluie qui est tombée je me demande si le feu va prendre.
C'est à ce moment là, que nous faisons la connaissance de Steven, le propriétaire de la ferme. Un personnage hyper sympathique !
Grace à son aide, le foyer a fini par pétiller. On s'est donc lancés dans la confection de nos premiers Smore's.
Bon, je n'ai pas trouvé ça terrible mais je pense que c'est le chocolat qui ne m'a pas plu.
Peu importe le goût, l'instant est magique. On finit la journée sur une note de douceur incroyable. Cela fait un bien fou d'être là, tout simplement.





Mais alors que la soirée s'étire, une question cruciale nous trotte dans la tête : que faisons nous demain ?
Le programme initial prévoit un autre Parc National avec pas moins de trois randonnées dans la journée. Après le coup de chaud et la déshydratation d'Anthony, est-ce bien raisonnable de repartir au combat ? Et en même temps, nous n'avons pas fait tout ce chemin jusqu'à l'extrême sud du Texas pour ne pas visiter ce parc ... qui demande 2h de route juste pour y être.
Nous sommes en plein doute. Voyons comment se passe la nuit, et on avisera demain matin.
Trajet de la journée :






















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